MOI, CHEVALIER NARCISSE DE BRISSAC, VICOMTE DE VAUDORE, CAPITAINE A LA COMPAGNIE DES MOUSQUETAIRES DU ROY, JE VOUS SALUE, BELLE DAME.


MOI, CHEVALIER NARCISSE DE BRISSAC, VICOMTE DE VAUDORE, CAPITAINE A LA COMPAGNIE DES MOUSQUETAIRES DU ROY, JE VOUS SALUE, BELLE DAME.

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| AU NOM DE 100.000 CITOYENS SANS VOIX | Personnalités engagées | Capitaine Narcisse de Brissac  Vu 6907 fois
Article N°26122

MOI, CHEVALIER NARCISSE DE BRISSAC, VICOMTE DE VAUDORE, CAPITAINE A LA COMPAGNIE DES MOUSQUETAIRES DU ROY, JE VOUS SALUE, BELLE DAME.

Je suis né à Rouen en 1603, fils cadet d’un nobliau d’origine béarnaise exerçant les fonctions de Bailly du Roy en la Vicomté de l’Eau. Ma mère était la fille d’un hobereau cauchois tenant de la paroisse du Bosc-le-Hard, c’est de mon aïeul de ce côté-là que j’ai hérité de mon titre de vicomte. Je suis entré aux Mousquetaires dès leur création en 1622 sous le commandement  de M. le Marquis de Montalet, et fus nommé capitaine au siège de La Rochelle en 1627. J’ai convolé en justes noces de façon fort inattendue en l’an de grâce 1628, permettez-moi de vous en conter les péripéties fort cocasses.
 

En l’automne de cette année 1628, sur le chemin du retour vers Paris et le Roy en son Louvre, notre compagnie a fait halte en l’auberge du village de Vouvray en Touraine.  Mon frère d’armes Gontran de Solanges était amoureux d’une des filles du Gouverneur de la province, M. le Comte de Pontcourlay. Malheureusement, Marie de Pontcourlay et sa sœur Louise étaient inaccessibles, pensionnaires au couvent voisin des Dames Ursulines où elles étaient promises à prendre voile par décision de M. le Cardinal. Inconscients de tout danger, avec la complicité forcée du curé du village et aumônier du couvent, M. l’Abbé Bridaine, Gontran, qui était aussi filleul de l’abbé, et votre serviteur, gente dame, déguisés en frères cordeliers, nous sommes introduits dans le couvent pour enlever Marie et du même coup sa sœur Louise. Quand je vis cette dernière, aussi belle que pétulante, j’en tombais foudroyé, moi le soldat volage. De vos jours, charmante lectrice, ne parleriez-vous pas de coup de foudre ?

Or il s’avéra que les deux moines-pèlerins soi-disant tout juste revenus de la Palestine dont nous avions emprunté la bure pour nous déguiser et que nos hommes gardaient sous clef à l’auberge, étaient en réalité des spadassins venus trucider Son Eminence. Ainsi, par audace autant qu’inadvertance, nous avions sauvé la vie du grand Cardinal. Venu au couvent faire ses adieux à ses filles, le Gouverneur, fort courroucé, nous y trouva, mais, mis au courant par le Chanoine Bridaine que M. de Richelieu nous devait la vie, au lieu de nous faire pendre, il nous accorda la main de ses filles. C’est ainsi que Louise de Pontcourlay devint la Vicomtesse de Vaudoré en fin de cette même année 1628. Elle nous donna par la suite quatre beaux enfants, deux de chaque sexe. Je restais au service du Roy jusqu’en 1646, date de la dissolution du régiment. Je me suis dès lors retiré avec mon épouse en son manoir de Vaudoré en pays de Caux. J’ai trépassé dans les bras de ma bonne Louise et entre les mains du Seigneur en 1674. J’avais eu le bonheur de connaître le rétablissement du corps des Mousquetaires en 1657 et le chagrin d’apprendre la mort héroïque de son commandant mon vieux compagnon Charles d’Artagnan, Baron de Batz  au siège de Maastricht en 1673

Alors, belle lectrice, d’où vient que mon fantôme hante les pages de ce que vous appelez aujourd’hui un blog, je crois ? C’est encore un étrange concours de circonstances.
Il se trouve qu’en 1880, soit deux-cent six ans après mon trépas, un compositeur, Louis Varney, et deux librettistes, Paul Ferrier et Jules Fével, ont créé un opéra-comique, genre alors en vogue, qui contait l’histoire que je viens de vous narrer, belle lectrice, sous le titre des Mousquetaires au Couvent. Forcément, vous imaginez sans peine que mon ectoplasme se mit à hanter les coulisses des Bouffes Parisiens. Or il advint aussi qu’en 2001, une troupe, dénommée l’Opéra des Hauts de Scène, montât cette pièce dans un théâtre à quatre lieues à l’ouest de la capitale. Bien que la troupe fût composée d’amateurs, mais de fort bon niveau, avec seulement quelques professionnels ou semi-professionnels, le spectacle de grande qualité fut un magnifique succès. En 2005, la troupe fut sollicitée pour rejouer la pièce bénévolement au profit des victimes du handicap et particulièrement du handicap psychique. C’est ainsi que pendant six ans elle donna une vingtaine de représentations de bienfaisance dans des salles de Paris ou de l’ouest parisien : les recettes étaient intégralement reversées pour améliorer les conditions de vie des malades mentaux hospitalisés. C’est en lisant, par-dessus l’épaule des dirigeants de la compagnie, les éditoriaux qu’ils rédigeaient pour les programmes de ces spectacles que mon fantôme, sensément jamais bien loin dès qu’on évoquait mon personnage, s’est familiarisé avec la situation dans laquelle la douce France cantonnait ceux que, de mon temps, on appelait les insensés. Lorsqu’en 1673, un an donc avant ma mort, je me fis conduire en la capitale pour saluer la dépouille de d’Artagnan regagnant ses terres gasconnes, je vis les immenses et magnifiques bâtiments tout récents de l’Hôpital Général, que Sa Majesté avait fait ériger en bordure de la ville. Ils avaient noms La Pitié ou La Salpêtrière, il y en avait un aussi, me dit-on, à Bicêtre. Intrigué, je voulu visiter l’imposante chapelle du deuxième hospice. Je vis le ramassis de pauvres gens rassemblés en ces lieux, mendiants, coupe-jarrets, prostituées, infirmes et insensés (c’est-à-dire les fous)... Le Roy leur avait mis un toit sur la tête, une soupe dans l’écuelle, des religieuses pour leur prodiguer des soins, des aumôniers pour s’occuper de leur âme, et surtout des argousins pour les contenir afin qu’ils ne traînassent point dans les rues. En lisant les lignes de mes éditorialistes du XXIe siècle, je me demandai quels progrès avait fait le Royaume… euh, la République comme vous dites maintenant, dans le traitement réservé aux sujets,… euh, citoyens atteints de ce que vous appelez psychoses ou troubles mentaux graves.

J’ai vu l’équipe de l’Opéra des Hauts de Scène étendre son action en créant un Collectif à l’occasion de vos élections de 2017, pour alerter les candidats puis les dirigeants élus sur la situation de la psychiatrie française pour parler comme aujourd’hui. C’est ainsi que j’ai décidé, par le biais de mon ectoplasme, de les appuyer avec la complicité d’une personne qui tient la fonction mystérieuse pour moi d’administrateur du « blog » de ce Collectif. Cette noble personne a la bonté de temps à autres de « poster » mes billets, puisque seule la plume sied à un Mousquetaire devenu un pur esprit incapable de tenir l’épée. Je viens d’avoir le bonheur d’être rejoint dans l’Au-delà par les mânes d’un des leurs, un autre chevalier (de la Légion d’Honneur celui-ci), l’éminent Docteur Roger Salbreux, mentor de cette belle équipe. Un vrai gentilhomme et un grand savant.
Milles grâces, gente dame, de m’avoir lu jusqu’ici. Je dépose mes plus gracieux hommages à vos augustes pieds.


Capitaine Narcisse de Brissac,
chevalier, Vicomte de Vaudoré,
officier des Mousquetaires du Cœur

 

Capitaine Narcisse de Brissac

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